Propos du directeur exécutif l’OCNH, Me Camille OCCIUS à la cérémonie d’ouverture du forum sur le rôle des organisations de promotion et défense des droits humains en temps de crise sécuritaire et politique

by OCNH

Madame la Ministre à la Condition féminine et aux droits des femmes. Dr Sofia Loréus

Monsieur  le délégué du représentant du Haut-Commissariat des Nations en Haïti, Aimé Ntumba Kakola ;

Monsieur Junior Rémy MAUVAIS, Représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits Refugiés en Haïti ;

Monsieur le Doyen du TPI de Port-au-Prince, Me Bernard Saint Vil ;

Monsieur le Secrétaire Général du RENAMAH, Honorable Magistrat Lucien Georges ;

Mesdames Messieurs les collègues  défenseurs des droits humains ;

Mesdames Messieurs les travailleurs de la presse ;

Mesdames Messieurs en vos différents grades et qualité ;

Au titre de Directeur Exécutif de l’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH)  j’ai le plaisir et l’honneur  de vous accueillir ce matin et de procéder, avec vous, à  l’ouverture officielle du Forum sur le rôle des organisations du secteur des droits humains en  temps de crise sécuritaire  et politique. 

Sans détour, je tiens à témoigner toute la gratitude de l’OCNH et du CPD envers le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme qui a su apprécier le bien-fondé d’une telle initiative et qui a supporté toutes les étapes menant à la réalisation de ce forum. 

À vous chers collègues défenseurs je ne pourrai pas cacher combien je suis heureux que nous soyons tous rassemblés pour discuter sans ambages du rôle des organisations de promotion et défense des droits de la personne humaine en temps de crise sécuritaire et politique. Votre présence, votre réponse à l’invitation de l’OCNH et du CPD, témoigne de votre intérêt pour les débats autour de la contribution de nous autres, défenseurs des droits fondamentaux de la personne humaine, en temps de crise sécuritaire et politique. Je salue votre dévouement, votre sens de responsabilité et votre implication dans la lutte visant à améliorer la situation des droits de l’homme en Haïti ce, malgré les difficultés du contexte actuel. 

Au début du mois de novembre 2022, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait attiré l’attention de la communauté internationale sur la situation d’Haïti. Selon sa lecture, la violence armée incessante a précipité le pays dans la pire situation des droits de l’homme et humanitaire depuis des décennies. Il a aussi appelé à la prise de solutions urgentes à la crise prolongée et multiforme. Cette observation de Monsieur Türk illustre assez bien la situation désastreuse à laquelle nous sommes confrontés. 

Des années de crise sociopolitique ont conduit à la conjoncture actuelle dont les conséquences sont néfastes sur l’exercice et la jouissance des droits fondamentaux. La récente intervention du Haut-Commissaire des Nations aux droits de l’homme nous montre combien la situation est alarmante. « C’est un pays où des gangs armés, qui seraient soutenus par les élites économiques et politiques, contrôlent plus de 60 % de la capitale, où quelque 4,7 millions de personnes sont confrontées à une faim aiguë », a-t-il indiqué. Depuis le début cette année près de 1500 personnes ont été tuées, 1448 blessées et 1005 kidnappées, a rapporté Monsieur Türk. Ces données, nous le savons, ne sont pas exhaustives à cause des difficultés rencontrées lors de nos activités de monitoring particulièrement dans les zones de conflits et celles contrôlées par les gangs armés qui y imposent leur loi. 

Le dernier rapport de l’OCNH sur les cas d’homicide enregistrés durant le mois de novembre dernier, nous montre une nette augmentation de ces cas précités. Des massacres perpétrés par des membres de groupes armés ont aussi été dénombrés durant la période en question. Les gangs ont fait montre d’une cruauté sans pareille tant dans l’aire métropolitaine de la Capitale haïtienne que dans des zones reculées comme Petite Rivière de l’Artibonite. Des filles et  des femmes ont été violées par des membres de ces groupes armés alors que nous, organisations de promotion et défense des droits humains, réalisions nos activités de sensibilisation dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.

La prolifération des cas de violences sexuelles durant cette période trouble de notre histoire laisse présager que nous risquons de dépasser les 35 000 femmes et filles violées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince enregistrées entre février 2004 et décembre 2005 lors d’une enquête aléatoire menée par une équipe de chercheurs. À Cité Soleil,  au début du mois de juillet 2022, d’après les données du rapport du BINUH et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en Haïti intitulé « Violence sexuelle à Port-au-Prince : Une arme utilisée par les gangs pour répandre la peur » plus d’une cinquantaine de femmes ont été violées collectivement. Ces genres de scènes d’horreur se  sont poursuivis dans d’autres régions du pays dont la commune de Cabaret.   

Comme l’ont indiqué le BINUH et le Haut-Commissariat dans le rapport précité, les gangs recourent à la violence sexuelle comme arme pour détruire le tissu social et renforcer leur position de pouvoir. L’impunité généralisée et la facilité d’accès aux armes de gros calibre et munitions provenant du trafic illégal depuis l’étranger font que les gangs aient le champ libre alors qu’en août 2022, près d’1,5 million des habitants de la région de Port-au-Prince vivaient dans des zones contrôlées par des gangs ou sous leur influence. Les gangs continuent donc à violer, tuer et commettre toutes sortes d’exaction alors que les victimes n’arrivent pas à bénéficier de soins médicaux et psychosociaux ainsi que de l’assistance juridique que nécessitent leurs cas.

C’est donc dans ce contexte de crise de gouvernabilité, de déchéance de l’Etat, de rareté de carburant, d’insécurité alimentaire, de grogne de la population contre la cherté de la vie, l’inflation galopante, le chômage, l’insécurité alimentaire, le règne de terreur des gangs armés etc. que nous, défenseurs des droits humains, devons continuer à remplir notre fonction de promoteur et de protecteur des droits civils et politiques. Que pouvons-nous faire dans un tel contexte ? Voilà la question qui nous rassemble aujourd’hui. Je nourris l’espoir que nous saurons y répondre à la fin de ce forum. 

Je vous souhaite Madame/Monsieur, participantes et participants, bonne journée de réflexion et bonne participation active. Merci.

L’expérience et les connaissances pratiques et théoriques de Me Rosy Auguste DUCÉNA (Responsable de Programmes au Réseau National de Défense des Droits Humains, RNDDH), Madame Jocelyne COLAS (Directrice Exécutive de la Commission Episcopale Justice et Paix, CE-JILAP), Me Mario JOSEPH (Président du Bureau des Avocats International, BAI) et Me Godson LUBRUN (Président de l’Association Haïtienne des Médias en Ligne, AHML) ont éclairé la lanterne des participants par leurs brillantes interventions

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